Se lancer dans le récit de son histoire personnelle ou celle de sa famille, est un beau projet. Si vous ne savez pas par où commencer, je vous livre ici quelques conseils qui s’appuient sur ma propre expérience et sur l’accompagnement à l’écriture de dizaines de personnes depuis plus de 10 ans.
Commencer par rassembler des infos
Avez-vous des « personnes ressources » autour de vous que vous pouvez interviewer : un grand-parent, un parent, un.e cousin.e ? Si votre parent est âgé et a encore toute sa tête, profitez-en pour lui poser toutes les questions qui vous intéressent sur l’histoire de la famille avant qu’il ou elle ne disparaisse. “Un vieillard qui meurt, c’est comme une bibliothèque qui brûle” a dit Amadou Hampâté Bâ.
Prenez le temps de ces interviews, ce sont souvent des moments précieux d’échanges où il est important de laisser parler la personne. Vous pouvez soit prendre des notes, soit enregistrer. Pour cela un smartphone fera l’affaire.
Sinon, avez-vous des documents et archives (lettres, photos, documents administratifs, articles…) ? Parfois les archives du lieu de résidence de vos ancêtres peuvent être des endroits de recherche précieux. Vous pouvez également obtenir des informations dans les mairies en faisant des demandes d’Etat civil.

Se poser les bonnes questions
Avant de commencer à écrire et partir dans tous les sens posez-vous des questions. Que voulez-vous écrire ? Est-ce votre propre histoire ? celle de votre famille ? de vos ancêtres ? d’un ancêtre en particulier qui vous inspire particulièrement ? Si vous choisissez de raconter votre histoire, quels aspects vous intéressent ? quels moments de votre vie ?
Souhaitez-vous écrire le réel et être fidèle aux faits, ou êtes vous prêt.e à extrapoler, voire vous lancer dans une fiction à partir de votre propre histoire. Certains personnes préfèrent se décaler du réel, pour tout un tas de raison, parfois parce qu’il est trop difficile et partir dans une histoire, inspirée de la leur. Cela permet d’éviter ainsi le conflit de loyauté avec ses proches (on change les genres, les noms de personnes, les noms de lieux…) et de se donner la liberté de raconter à sa guise ce qu’on ne connait pas.
D’autres préfèrent rester proches et fidèles au réel. Dans ce cas, il sera important de bien se documenter.
Autre question importante : pour qui j’écris ? Est-ce pour moi ? pour ma famille ? pour mes enfants (leur laisser une trace et des appuis sur leur histoire) ? Pour un public particulier qui a la même problématique que moi (ex. avoir un parent bi-polaire) ? Pour un lectorat plus large
Utiliser des points d’appui pour s’inspirer
Ce n’est pas facile de commencer son histoire dans le vide sans points d’appui. Plusieurs pistes peuvent servir à bien démarrer, voire structurer son récit.
On peut pour faire remonter ses souvenirs en vrac, les lister, à la manière de Georges Perec, sous forme de petites phrases courtes qui commencent toutes par « Je me souviens ».
Une autre technique consiste à lister les personnes qui ont compté dans notre vie en décrivant une habitude, un geste, un habit, une démarche pour chacun, puis d’en faire des portraits.
On peut également faire une liste des lieux qui ont compté pour nous, puis développer chacun de ces lieux en les décrivant et décrivant les souvenirs qui y sont liés.

On peut aussi partir de photos et décrire les photos et dire ce qui nous touche sur les photos. Ces photos venant ensuite illustrer nos textes.
Toutes ces techniques pour faire remonter les souvenirs peuvent ensuite devenir des façons de classer les souvenirs, et d’organiser son récit de vie en chapitres. Celui-ci pourra être chronologique, mais pas seulement. Il pourra plutôt être classé par thématiques (les lieux de ma vie, les personnages de ma vie par exemple…).
Tenir la distance
Il est important de savoir qu’écrire un récit de vie est un travail de longue haleine. Il peut s’étaler sur une année pour les plus rapides et ceux qui accordent beaucoup de temps à l’écriture, mais cela peut prendre parfois plusieurs années.
Ce n’est pas anodin dès lors qu’on remue des souvenirs, des choses qui appartiennent à l’enfance, parfois des secrets de famille. Le processus d’écriture devient parfois aussi un processus de transformation personnelle qui permet de poser sur le papier sa propre histoire et parfois de se réconcilier avec elle.

Tenir la distance dans ce projet est donc important. Pour cela, se faire aider en participant à un groupe d’écriture « Ecrire son récit de vie » dédié à ce projet peut être un soutien précieux. Chaque personne du groupe raconte son histoire, elles se font écho les unes avec les autres, le groupe joue un rôle souvent essentiel pour aider à aller au bout, oser dire ce qu’on n’osait pas partager, avoir un premier lectorat bienveillant. On sait qu’on y sera accueilli sans jugement.
Le rôle de l’écrivaine et professionnelle de l’écriture que je suis, est d’accompagner et encourager la progression de chacun.e au sein de ces groupes d’écriture dédiés, en allant vers un travail de plus en plus à la carte au fil du temps. Je donne des consignes d’écriture d’une séance à l’autre, je fais des retours sur les textes, j’encourage. Par ailleurs, je peux aussi aider ceux qui le souhaitent de manière individuelle en face à face à aller jusqu’au bout d’un Récit de vie. Des séances de coaching individuel permettent d’aller plus vite et plus loin pour mener à bien son projet.
Donc si on résume, écrire son récit de vie, c’est d’abord bien se documenter, ensuite se poser les bonnes questions, se trouver des points d’appui pour aider l’écriture et enfin tenir la distance. Avec tout ceci en tête, vous n’avez plus qu’à vous lancer ! C’est une expérience passionnante, dont on ressort souvent grandi et apaisé avec un recueil ou un ouvrage qu’on est fier de partager.
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